Je me souviens au
temps de mon enfance,
On me lisait le soir à la maison,
De jolies contes qui venaient de Provence,
Du pays d 'Arles,
d 'Ebaux et d 'Avignon.
Les lettres de mon moulin,
Remplies de ciel et de mistral,
Parle parfois un vieux latin
Que l 'on nomme le Provençal
Et ses récits souvent tragiques
D 'autres joyeux ou poétiques
Nous font revivre un temps ancien
Où les cochers allaient bon train
Écoutez le récit de Maître Cornille
Dont le moulin tournait léger
Lorsque tout le monde allait aux familles
Porter le blé aux minutiers
Ce bon Monsieur Seguin
Combien de fois entendit -il
Ses chèvres un bon matin
Lui raconter battant des cils
Qu 'elles s 'ennuyaient dans sa prairie
Et que les chèvres, il leur fallait
La liberté, cette folie
Dont elle ne revenait jamais
Car hélas, les chèvres, mon bon gringoire
Où l 'eau ne tienne qu 'un soir
Il y avait aussi des aventures
Qui nous faisaient voguer sur la mer
Où les douaniers
connaissaient la vie dure
Mais ils étaient très courageux et fiers
Aussi, je me souviens
Ce bon curé de Cucugnon
N 'avait que de mauvais chrétiens
Tous les dimanches sur ses bancs
Les araignées tissaient des poils
L 'eau s 'ennuyait au bénitier
Pleurait la vierge dans ses voiles
Puis un jour tout s 'est arrangé
Mais l 'amour bien souvent
ça ne s 'arrange pas
Et pour les yeux d 'une harlésienne
Il y eut autrefois dans un pauvre mort
Un gars qui mourut de sa peine
Ce soir si vous avez
d 'un peu de temps à disposer
Prenez un bon fauteuil,
loin du présent et ses écueils
Partez là -bas, faire un voyage
à Boqueron, à Tarascon
Ou même en Corse,
faire un naufrage
tout en restant à la maison
Mais on vous laisse en
guidée sur les chemins
Des lettres de mon moulin